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Elsa Fauconnet détonne

Le salon de Montrouge a 60 ans, mais ne fait pas si vieux ! Depuis sa relance en 2009 par le critique et collectionneur d’art contemporain Stéphane Corréard, il est devenu l’un des baromètres de l’état de la jeune création en France. Focus cette année sur Elsa Fauconnet, une artiste passée par les Beaux-Arts de Paris puis par Le Fresnoy, et qui ose une œuvre high-tech aux allures de manifeste esthétique : L’invention. Mais que se cache-t-il vraiment derrière une telle apparente démonstration de force ?

Par Bertrand Dommergue

http://www.mouvement.net/teteatete/entretiens/elsa-fauconnet-detonne

 


Salon de Montrouge 2015

LECHASSIS du 18 mai 2015

Site LECHASSIS


60e Salon de Montrouge, L’Invention

29 mars 2015

L’Invention d’Elsa Fauconnet est une installation multimédia cosmogonique, mêlant vidéo, maquette et infographie avec virtuosité. En partant de l’étude du mouvement de la main, elle finit par convoquer Kepler, Allegri, les pilotes de la Patrouille de France, Pacioli et Pythagore. Et, jouant sa propre partition, elle nous convie à une réinvention du Monde et de ses principes par l’observation des formes qui l’animent. En entrelaçant poïétique et sérendipité, Elsa Fauconnet ne crée rien de moins qu’une fabrique du merveilleux.

par Christian Berst

Site Salon de Montrouge


« L’univers fauconniettien implique certainement une forme d’ouverture naïve à la recomposition du « jouet cassé du monde » en une nouvelle forme, encore indéterminée, encore en procès ; ses installations témoignent d’une capacité à ne pas s’apesantir, face au kitsch, sur ce qui a été perdu, mais plutôt à contempler comment les différents éléments épars d’un monde brisé sont susceptibles de refaire réseau, de se rebrancher ensemble de manières toujours surprenantes : l’histoire d’une orchidée sous le climat tropical d’une serre géante enneigée en Europe de l’Est (Green Out), une université nazie en ruines cachée sous un centre d’espionnage américain abandonné (La Colline Du Diable (2012), une machine à rêverie inconcrue capable de communiquer des connaissances et les faire dialoguer entre elles afin de questionner la structure du monde (L’Invention 2015)…

Processus à la fois étonnant et drôle, mais mélancolique aussi, car ce monde en re/dé/com/position n’en finit pas de se regarder lui-même en train de devenir autre qu’il n’a été, toujours légèrement en retard vis-à-vis du sens en train de se produire sous ses yeux, toujours un petit peu dubitatif de la viabilité de ces nouveaux usages. Ainsi, le kitsch est souvent sujet d’ironie ou de distanciation, postulant une origine fantasmée, sacrée, protégée de la ruine et en même temps violée par elle.

Ce n’est pas la moindre des forces de ces travaux que de nous ouvrir à cette idée : après tout, c’est peut-être cette mélancolie elle-même qui est vide d’objet, alors qu’en regard, le processus perpétuel d’auto-digestion du monde, bruyant, odorant, chaotique, semble soudain receler d’un dynamisme et une vitalité à la fois absurdement enfantine et divinement créatrice.

Constantin Dubois Choulik

Blog de Constantin Dubois Choulik


TÉLESCOPAGE D’IMAGES AU FRESNOY

Libération, 11 juin 2014

« (…) Tandis que notre époque s’emploie à réduire le monde en suite prévisible de zéros et de uns, Elsa Fauconnet se met dans la peau d’un infographiste confronté à la tâche ardue consistant à simuler un mouvement des mains, point de départ d’une méditation sur les structures qui sous-tendent notre univers. Sont convoqués dans l’installation laboratoire, qui mêle maquette, vidéo et animation de synthèse, le flocon de neige de Kepler, l’harmonie des sphères, la partition secrète du Miserere ou encore l’hypnotique chorégraphie gestuelle des pilotes de la Patrouille de France répétant les figures de vols. L’ensemble évoque la sérendipité propre à une navigation web où, de lien en lien, se tissent d’étranges correspondances. (…) »

Marie Lechner

Article complet sur Libération.fr

 


« Panorama 15 », continents sous vide

Libération, 12 juillet 2013

« (…) Elsa Fauconnet fait dériver un touriste hébété dans la moiteur tropicale d’un complexe aquatique implanté sur une ancienne base militaire soviétique enneigée, près de Berlin. Le film sur ce paradis artificiel sous cloche est assorti d’un ensemble d’orchidées en pot, symboles d’exotisme kitsch. L’artiste interroge avec ce curieux assemblage « ces lieux de virtualité qui font naître un sentiment de manque, sans qu’on sache ce qui a été réellement perdu (…) »

par Marie Lechner

Article complet sur liberation.fr


Exposition Panorama 15

29 mai 2014

« (…) D’autres projets saillants de cette exposition interrogent, eux, la question d’un supposé « paradis perdu », ou en tout cas plutôt mal parti. On pense à Elsa Fauconnet et à Green Out, qui se déploie, sous la forme d’un film et d’une installation, autour de l’orchidée tropicale (envisagée comme l’emblème du kitsch de notre époque ?). L’artiste nous amène dans un gigantesque parc aquatique près de Berlin (déjà filmé par Marie Voignier en 2009 dans Hinterland). Ce parc contient une immense serre tropicale. On y suit un jeune homme barbu, qui se perd dans ce faux paradis végétal, légèrement hébété. Un Robinson moderne, enserré dans un enfer de métal et d’exotisme de pacotille. Plus loin, un groupe de touristes s’égare à son tour dans le fond vert d’un plateau de tournage, puis une botaniste raconte les orchidées et enfin un architecte évoque sa passion pour les serres. En résonance avec ce film un brin décousu, Elsa Fauconnet a disposé des orchidées dans un caisse dont les parois opaques dévoilent les contours, par un joli jeu de lumières. L’agencement du film et de l’installation, étonnamment « cheap » dans un école favorisant d’ordinaire les hautes technologies, intrigue. L’orchidée pourrait symboliser un ailleurs fantasmé, le premier indice d’une destination tant espérée, et sur laquelle on butte fatalement (…) »

Arthur Logibar

Article complet sur gaite-lyrique.net


ABÉCÉDAIRE

17 juillet 2012

Elsa Fauconnet est une jeune artiste française. À partir de la gravure, de la vidéo et de la photo, elle interroge les images dites du « réel ». Sous la forme d’un abécédaire, elle présente ici sa démarche et, plus précisément, le travail qu’elle a réalisé à l’occasion de « Géographies nomades 2012 », l’exposition des félicités des Beaux-Arts de Paris.

Abécédaire complet sur strabic.fr



En allemand, heimat désigne aussi bien la terre natale, le village d’où l’on vient, la maison d’enfance. Le heimat, c’est le « chez soi », l’intime où se tapit le heimlich, c’est-à-dire le familier protecteur. Notion intraduisible parce qu’ambiguë, puisque le refuge est également le siège de l’angoisse. C’est le sentiment d’inquiétante étrangeté (Unheimliche) tel que Sigmund Freud l’a défini : la frayeur qui « se rattache aux choses connues depuis longtemps et de tout temps familières » ; ce qui n’appartient pas à la maison et pourtant y demeure ; le royaume de l’intime, empire du refoulé. C’est ce moment, lorsque la menace et le refoulé surgissent de l’environnement familier, qu’explore Elsa Fauconnet dans son travail.

En 2011, elle intitule son projet de diplôme Le Terrier en hommage au récit inachevé de Kafka dans lequel le narrateur, mi-homme mianimal, pour se protéger de l’extérieur, creuse un abri souterrain qui finira par personnifier l’entité menaçante. L’installation regroupe des vidéos : un couple effaré parcourt un quartier résidentiel immobile, entre chantier de construction et ruine contemporaine ; une voyeuse épie l’arrestation d’un homme depuis l’intérieur de sa demeure, un cube de verre conçu par l’architecte Axel Ghyssaert ; une femme observe le paysage à travers une brèche dans le mur de sécurité qui sépare Bethléem et Jérusalem…

Du terrier à la colline, il n’y a qu’un pas. Le nouveau projet d’Elsa Fauconnet explore Teufelsberg (« la colline du Diable »), une montagne artificielle érigée dans le Berlin d’après-guerre à partir des gravats de la capitale détruite. Une entreprise destinée à recouvrir l’université militaire nazie conçue par l’architecte Albert Speer. Au sommet, une antenne d’espionnage américaine, aujourd’hui abandonnée, symbolise l’époque de la guerre froide. Depuis, les projets avortés se sont succédé : piste de ski, complexe hôtelier, école de méditation transcendantale fondée par David Lynch… Désormais, la colline est un parc d’agrément dont la charge historique tend à s’estomper dans la mémoire des riverains. L’installation d’Elsa Fauconnet, constituée d’une maquette, de dessins et d’un film, retrace l’archéologie refoulée de ce territoire à travers les témoignages de ses habitants. Teufelsberg est un lieu où la mémoire et l’oubli s’entremêlent, un territoire topologique où, à l’instar d’un mouchoir froissé, les récits et les époques se replient les uns sur les autres et se télescopent. En mélangeant fragments du réel, témoignages, fiction et reconstitutions virtuelles, Elsa Fauconnet conçoit l’Histoire comme une structure fragmentée et lacunaire. L’imaginaire, ici, est l’outil qui déterre le refoulé historique enfoui par les habitants du lieu. La colline de Teufelsberg incarne le trou noir mémoriel de l’heimat allemand.

Gallien Déjean, catalogue d’exposition Géographies Nomades, édition Beaux-arts de Paris, 2012.


« L’espace nous accapare. Nous ne possédons de lui que ce que l’oeil peut parcourir. Mais il nous épuise, nous effraie, nous appelle, nous chasse. » Meša Selimović

En tissant divers matériaux entre eux – vidéo, gravures et photos – Elsa Fauconnet creuse à même le temps un trou. Et donne à voir, comme on regarderait dans un microscope, un détail infiniment petit de l’être. De cet infiniment petit, une question qui s’étend à l’humanité tout entière nous agrippe et retentit : que sommes-nous ?

Que sommes-nous ou comment sommes-nous devenus des objets à nous-mêmes ? Objets de convoitise, de surveillance, de traque, d’envie, d’incompréhension et de peur. L’autre, ennemi redouté, écarté, surveillé, désiré ou combattu. L’autre incertain aux contours et aux déplacements si insaisissables et si menaçants que le contrôle semble nécessaire. D’autres questions sont alors ici soulevées : à quoi répond ce besoin d’épier, de se surveiller, de se contrôler ? De quoi sommes nous soupçonnés et quel crime ou quelle faute allons-nous tous, a priori, commettre ?

A partir d’images extraites des médias (journaux, télévision) ou encore de caméra de surveillance, Elsa Fauconnet pose ces questions en saisissant un morceau de temps et d’histoire où l’architecture participe à l’élaboration de pièges que l’homme se tend. Son travail évoque des paysages – urbains et ruraux – où les lignes s’agglutinent, se confondent ou s’entrechoquent comme pour mieux éprouver l’être et affirmer que nous sommes tous présumés coupables.

Coupables de quoi ? Entre vertige et angoisse, nous découvrons un zoo qui devient ce territoire artificiel où l’on ne sait plus qui observe qui ; un homme et une femme errant dans un village à l’abandon qui vacille entre sa construction et sa ruine ; un homme traqué jusqu’à son arrestation ; la frontière de Bethléem retenant les corps de travailleurs qui s’entassent et saturent en le débordant le cadre de la vidéo. Des photos d’immeubles ou de maisons, prises en Cisjordanie, sont juchées sur des bouts de gravures assemblées, superposées. S’accrochant au quadrillage, empreintes du gaufrage, dont ils provoquent les lignes, les extraits de gravures s’emparent peu à peu eux aussi du cadre défini pour le dépasser. Vision de fin ou de construction du monde ? Un chaos, qu’il soit primitif ou apocalyptique, s’empare des lieux, des corps et des regards, évoquant l’actualité et la façon dont les médias la saisissent.

Les gravures, les photos et la vidéo tiennent par un fil commun : tout (l’Être et le monde) se tient au bord de l’effondrement ou de l’explosion. Tout tend également, entre ruines architecturales et ruines de la pensée, à se répondre : les immeubles des gravures, suspendus entre leur chute et leur construction, deviennent le reflet de notre être. Nous sommes ici, de manière effroyable, confrontés à un doute : l’homme est-il en train de participer à sa propre destruction ? Sommes-nous les décombres ou les fruits de ce que nous nommons « progrès » ? Ces gravures annoncent, comme dans un tremblement, l’explosion des maquettes de maisons filmées en vidéo. Leurs terrains fragiles, changeants, se déclinent autour d’un « territoire de base » : agrandissement, photocopie, coupe, superposition de plans. Emergent ainsi différentes strates dont l’enchevêtrement et la superposition jouent comme un écho pictural de l’Histoire (passée ou à venir).

A travers une loupe, une vitre de fenêtre, un écran de télévision ou un trou creusé à même un mur, notre regard s’attache, « en bordure de l’horreur » (Rilke), au monde devenant, ainsi observé, le scalpel qui nous crève les yeux. Qui crève les yeux aux deux sens du terme. Comme une évidence, une horreur évidente de ce que l’homme s’inflige. Et crève les yeux littéralement, comme dans Un Chien andalou où le cauchemar frôle la réalité. Le monde blessé vu par nos yeux blessés nous révèle à notre propre misère mais nous élève aussi à la beauté. Si fragile et si éphémère soit-elle, la beauté habite ce creux où l’on se surprend, grâce aux travaux d’Elsa F., à penser. Le trou creusé à même le temps nous livre une vision de l’être en sursis permanent. En élevant des murs, en érigeant des frontières géographiques, en élaborant des techniques de plus en plus sophistiquées de surveillance, l’être se dérobe et s’efface pour devenir un objet. Ainsi réifiés les corps, ainsi réifiée la pensée, l’homme apparaît comme outil. Les œuvres d’Elsa F. nous délivrent, un temps, de cet homme utilitaire, nous rappelant que l’art s’oppose par essence à l’utile. Elles insufflent, sous l’angoisse, le piétinement et l’entassement, un élan de survie qui brise la glace faite de verre, cet ennemi du mystère, comme l’écrivait Walter Benjamin et redonnent à l’être la possibilité d’un visage.

Sai Henriques


« nulla dies sine linea » – Elsa Fauconnet et Justine Daufresne

Les trois gravures présentées d’Elsa Fauconnet et Justine Daufresne à l’ENS, sont extraites d’une série qui en compte vingt, Construire un feu, du nom d’une nouvelle de Jack London qui raconte la lutte pour la survie d’un homme dans le Grand Nord, alors qu’un froid polaire menace et qu’il n’a pas d’abri. Les gravures juxtaposent les chiens de la meute, les formes noires et anguleuses d’un abri, qui peut aussi être perçu comme une menace, et des formes de barrières, de clôture : ici tout est question de parcours, d’un territoire au sein duquel on tente de survivre : le personnage de London meurt de froid, il disparaît dans la neige comme il pourrait disparaître dans le blanc du papier. Une silhouette, échappée d’une photographie de presse, brouillée par la trame d’impression, rappelle l’actualité de ces migrations pour la survie. Le dessin brouillé des chiens, superposés comme une meute, sans pattes et parfois sans tête, évoque les animaux gravés de l’art pariétal, aux vertus magiques et aux formes inachevées. Les formes anguleuses noires, aux antipodes de cette fragilité, évoquent une géométrie rationnelle, froide et pesante. Cette tension rappelle les deux grandes orientations des anecdotes sur l’art des images et la vie des artistes évoquées par Pline dans l’Histoire naturelle : tantôt Pline renvoie aux origines archaïques des images, une éponge mouillée, une ombre projetée sur un mur ; tantôt les récits mettent en scène la quête de perfection des peintres, leur capacité à produire des formes abstraites qui est la preuve de leur maîtrise : les cercles parfaits d’Apelle, les lignes infinitésimales d’Apelle et de Protogène. Tout se situe entre ces deux extrêmes que sont la tache et la forme géométrique, entre l’impulsion et la précision. Avec ce groupe de chiens errants, surgis d’un rêve, qui court de planche en planche, et ces formes rigides qui menacent ou barrent l’espace, ce sont ces extrêmes du dessin, antagonistes et complémentaires, que les gravures d’Elsa et Justine mettent en scène.

Julien Magnier

Article complet sur http://cimaises.over-blog.com